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Claude Meunier
a marqué le Québec

Qui est Claude Meunier?
Claude Meunier est né le 4 septembre 1951 à Laval. Il est un auteur, comédien, réalisateur et producteur québécois. Il est un pilier pour l'humour et le théâtre absurde au Québec grâce à ses pièces de théâtre et ses années de stand-up en direct sur scène. Il a inspiré de nombreux humoristes dans leur carrière comme les Denis Drolet et André Sauvé.
Claude Meunier a marqué la culture québécoise grâce à ses œuvres marquantes comme : « La Petite Vie », « Les voisins », « Broue » etc. En effet, sa présence à la télévision, la scène et au théâtre est ressentie depuis les années 70 par l’entièreté du Québec. En effet, c’est avec l’épisode « Réjean reçoit » que la Petite vie fracasse les records pour l’épisode avec le plus de cotes d’écoute avec 4.4 millions. Dès les années 80, il travaille aux côtés de Serge Thériault et plusieurs autres artistes dans ses projets comme « Le lundi des Ha HA » et « Paul et Paul ». Il part en tournée à travers le Québec et continue à créer ses prochaines œuvres qui seront jouées au théâtre.
« Broue » est la pièce ayant joué le plus longtemps au théâtre avec la même distribution. En effet, pendant 38 ans, ce sont Marc Messier, Marcel Gauthier et Michel Côté qui ont fait vivre les multiples personnages de Broue pendant 3322 représentations. Depuis 2019, c’est Luc Guérin, Martin Drainville et Benoît Brière qui reprennent le flambeau et cette pièce chargée de nostalgie.
L’œuvre qui a laissé une empreinte monumentale sur la culture québécoise n’est nul autre que la Petite Vie. C’est une émission qui était diffusée hebdomadairement les samedi soir et puis, après 1994, les lundis soir jusqu’en 1998. La petite vie joue encore tous les samedis soir à 18:30 avant l’émission « En direct de l’univers » et attire encore entre 700 000-900 000 téléspectateurs en 2021.
D’ailleurs pour fêter ses 25 ans, le musée Pointe à Calière a mis en place une exposition qui s’est promenée durant l’année 2018 à travers le Québec. L’exposition donnait la chance aux fans de se promener dans le décor de la petite vie et de faire de nombreuses activités comme des quiz et des photos dans le fameux lit debout. De plus, à l’occasion de ses 20 ans, la SAQ lance un vin en l’honneur de la petite vie qui se vend à une vitesse folle et qui sera même produite en masse pour satisfaire la demande. Pour les 30 ans de la Petite Vie, 6 épisodes originaux vont être diffusés l'année prochaine en 2024. Il collabore présentement sur la réalisation de ce "remake" et sur des projets de chansons avec quelques groupes connus au Québec. Ceci reste un secret pour l'instant :)
L'entrevue
Vous avez effectué des études en droit à l’Université de Montréal et ensuite en criminologie. Pourquoi avez-vous décidé de vous lancer dans une carrière artistique et humoristique?
J’avais commencé avant. C’est surtout en droit que j’ai étudié en fait. J’ai fait un stage en criminologie. Écrire a toujours été dans ma vie. Depuis que j'étais jeune, j'avais cette passion, un désir. Et aussi, des influences. Des influences de spectacle. Mais c’était une passion pour les arts et pour l’écriture. C’est surtout une passion qui m’est venue de la lecture et de certains auteurs que j’ai lus quand j’étais jeune.
Est-ce que ça a toujours été une passion pour vous?
Oui, ça l’a toujours été une passion. Au début, c’est pour la passion que tu fais ça, je pense.
Vous avez collaboré avec de nombreuses personnalités et créé de nombreux succès avec ces personnes. Comment travaillez-vous ensemble pour créer une œuvre? Décrivez un peu le processus de création.
Personnellement, c’est toujours inspiré de personnes. Donc, mon processus créatif commence à partir des personnages. Alors, ce n’est pas une idée. Quand je développe un personnage, généralement, il m’a été inspiré d’un milieu. Je décris le milieu. C’est d’abord et avant tous aussi une écriture qui part d’une observation. C’est beaucoup sur les rapports humains. Je n’écris jamais de monologue. J’ai toujours été fasciné par le langage. Pour écrire quelque chose d’authentique, il faut que je sente le personnage complètement. Je pars des personnages, de là se crée le reste. Je travaille avec des gens, comme avec Louis Saia. Dans un cas, j’ai amené une idée. Je suis arrivé avec les personnages de « Les Voisins » et avec la thématique, car j’avais déjà écrit un texte au préalable, le deuxième acte de « Les Voisins. » À partir de là, nous avons fait une pièce. Louis et moi faisions un plan. On parlait beaucoup et très longtemps des personnages. On sortait tous ce qu’on avait à sortir sur les personnages. Après ça, on bâtissait une histoire. Il y a une pièce qu’on a écrite chacun de notre côté. Après, on a mis ça ensemble. J’écrivais plus de dialogue que Louis. Louis travaillait beaucoup sur le plan. « Appelez-moi Stéphane », on l’a écrit à haute voix tous les deux. C’était la pire affaire de ma vie. On n’a pas écrit une ligne sur papier ou à la dactylo. On se parlait tous les deux, on faisait des personnages un après l’autre. Cela a été un véritable casse-tête interminable, mais très agréable finalement.
Est-ce que vous devez être dans une ambiance ou un environnement spécifique pour faire naître en vous la créativité?
Oui et non. Quand tu commences un projet, c’est bien d’être isolé. La partie la plus difficile est quand tu commences un projet et quand tu décides ce que tu vas faire. Toute la création première d’un projet, cela me prend une ambiance très tranquille et très particulière. Cela peut autant être le matin, l'après-midi ou le soir. Il faut trouver l’idée et trouver les personnages. Quand tu écris quelque chose comme La Petite Vie, tu n’as pas besoin d’une ambiance particulière. Je travaillais le matin. Je travaillais 3-4 heures par jour. Au début, ça prend plus de concentration.
Comment l’idée est-elle venue d’écrire de nouveaux épisodes de La Petite Vie?
L’idée est venue du succès de La Petite Vie pendant la pandémie. Un soir, on a eu presque 900 000 cotes d’écoute. À partir de là, on s’est dit qu’il faudrait faire quelque chose pour remercier les gens. C’est Monique Lamoureux qui a dit : « Ça va faire 30 ans. Tu pourrais faire une émission spéciale et dire merci aux fans. » Finalement, je n’avais pas envie de faire une émission spéciale d’une heure. On a proposé 4 demi-heures. Et, finalement, 6 demi-heures. L’idée est venue du fait qu’on a décidé de les faire plus vieux de 30 ans. Revenir en arrière était impossible compte tenu de l’âge des comédiens.
Est-ce qu’il y aura des liens avec les thèmes de l’actualité aujourd’hui?
Oui. La Petite Vie n’a jamais été collée sur l’actualité. On parle de l’Internet. On parle des personnes transgenres. On est en 2023 là. On ne parle pas d’enjeux politiques comme la CAQ ou l’Ukraine. On n’a jamais été politique.
Quelle importance donnez-vous à la critique?
Je déteste les critiques en général. La critique de mes pairs, de mes proches, je trouve ça important. Une des qualités que tu as dans ce métier-là, surtout quand tu écris des choses drôles, il faut toujours avoir beaucoup d’humilité. On recommence beaucoup les textes. On recommence sans arrêt. J’ai des personnes autour de moi qui me disent ce qui est bon et ce qui ne l’est pas, selon eux. La critique des pairs, ça ne me dérange pas et je trouve ça très utile. La critique en général, j’essaie de m’en foutre complètement.
Qu’est-ce qui donne une pérennité à vos œuvres?
C’est une très bonne question. Tout ce que j’ai écrit est beaucoup sur la famille et sur les rapports humains dans la famille. Les rapports des enfants aux parents, les liens, l’importance des liens, l’importance de la famille… Ça ne change pas tant que ça et le monde ne change pas si vite. Aussi, ce qui donne de la pérennité c’est l’extraordinaire jeu des comédiens. C’est aussi l’humour. C’est de la comédie humaine. Cela vieillit bien en général, quand ce n’est pas une comédie politique ou satirique. C’est une comédie sur le genre humain, plus que sur les enjeux sociaux, sur les politiciens ou sur les personnes.
Quelle est l’importance de Serge Thériault dans votre carrière?
Majeur. Il y a 2-3 personnes dont Serge est probablement le plus important avec Louis Saia. D’abord, il m’a montré à jouer quand on était dans « Paul et Paul ». C’était mon meilleur comédien, de tout ce que j’ai fait. Mon partenaire, mon frère. Je l’aime profondément. S’il n’avait pas été là, je n’aurais jamais fait ce que j’ai fait. Il y a 2-3 personnes que si elles n’avaient pas été là, je ne saurais pas là aujourd’hui.
Certains épisodes de la Petite Vie ont créé des controverses dans les dernières années. Qu’en pensez-vous?
Je trouve ça très drôle. Il y a eu un commentaire. Il n'était même pas négatif. Un commentaire qui questionnait : « N’est-ce pas raciste, ça? ». Il n’avait pas compris le gag ; on riait des racistes justement. Il n’y a pas eu beaucoup de commentaires négatifs, mais j’ai trouvé ça plutôt drôle, car ça l’a fait augmenter les cotes d’écoutes la semaine d’après. Il n’y a rien de raciste dans la Petite Vie. Absolument pas. On dénonçait les racistes.
Est-il essentiel pour vous de créer des personnages et des histoires de vos faits vécus et de votre entourage passé ou présent?
Je n’ai pas le choix. Ce qui a fait que c’était drôle et bon, c’est que c’est tout inspiré en général de gens que j’ai connus. De ma vie. De mon père. Les personnages de Ti-Mé et de Bernard sont inspirés de mon père. Parfois, les personnages sont des mélanges de personnes que j’ai connus. Quelquefois, c’est inspiré d’une partie d’une personne que j’ai connue et je rajoute le reste. C’est drôle comment les personnages apparaissent. Les personnages centraux de tout ce que j’ai fait, Ti-Mé et Bernanrd, selon moi, ce sont les mêmes personnages quelque part. Ils sont formatés différemment. C’est très inspiré de mon père. Il le savait d’ailleurs. Il me disait toujours : « je fais ça aussi, en passant. »

